Kosovo, année zéro

Txt/photos : LH Avril 2008
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Synopsis
Le 17 février 2008, la province autonome serbe du Kosovo s’est déclarée indépendante avec le soutien des grandes puissances occidentales. L’indépendance du Kosovo est censée refermer la spirale de violence qui a suivi le démantèlement de l’ex-Yougolavie à partir de 1989. Pourtant, de nouvelles tensions apparaissent : au sein même du Kosovo avec la population serbe qui ne reconnaît pas l’indépendance, au niveau régional avec d’autres revendications séparatistes (Republica Srpska en Bosnie) et international avec la Russie qui prend la défense de la Serbie.
Albanais et Serbes vivent isolés depuis la guerre et se renferment dans leur interprétation historique du territoire kosovar. Pour les Serbes, dont les ancêtres sont arrivés au 6e et 7e siècle, le Kosovo est le « berceau » de leur civilisation en référence à l’archevêché de Pec (1219) et à la construction de 1500 églises. Chassés par les Ottomans après la défaite du champ des merles en 1389, ils reprennent la région lors de la Première Guerre balkanique en 1912. De leur côté, les Albanais se disent les descendants du peuple de l’Illyrie, présent dans la partie ouest des Balkans lors de la colonisation grecque au 7e siècle avant J.C. Par la suite ils ont vécu avec les Slaves et ont combattu aussi les Ottomans. Le meeting de Prizren en 1878 marque l’avènement d’un courant nationaliste, revendiqué sous le régime de Tito où les Kosovars ont réclamé, en vain, le statut de République accordé à toutes les autres populations slaves (Croates, Slovènes, Bosniaques…).

Les deux communautés albanaise (90% de population) et serbe (6%) – les minorités Rrom, bosniaque et gorani, formant le reste de la population, sont ignorées - n’ont pas effacé aujourd’hui les traumatismes vécus depuis 1989 : dix ans d’oppression politique du gouvernement de Milosevic contre la population albanaise, la guerre de 1998-99 et les bombardements de l’Otan, les déplacements de population et les émeutes de 2004 où la population albanaise s’est attaquée aux Serbes. La Mission internationale des Nations Unies au Kosovo (MINUK), qui gère administrativement le Kosovo depuis la fin de la guerre, a échoué à mettre en place un plan de réconciliation nationale interethnique et son action est critiquée. Le 10 décembre 2007 marque l’échec de deux ans de négociations entre Serbes, Albanais, États-Unis, Russie et Union européenne pour trouver une solution négociée à la définition d’un statut pour le Kosovo. La forte pression albanaise, associée à la promesse des pays occidentaux d’aider le Kosovo à être indépendant au sortir de la guerre, aboutit à l’autodéclaration d’indépendance du 17 février 2008, aussitôt reconnue par les États-Unis, la France, l’Allemagne…

L’économie du territoire est au point mort et la précarité est forte avec un taux de chômage galopant (+50% de population active). La vie est chère et les coupures d’électricité sont monnaie courante. Dans les enclaves, le système parallèle du gouvernement serbe isole encore plus les habitants en offrant des emplois dans l’administration et distribuant une prime mensuelle aux familles pour qu’elles restent. Les deux communautés partagent cette précarité… mais s’ignorent.
Côté albanais, l’indépendance est vécue comme un soulagement et la très jeune population (50% a moins de 25 ans) veut tirer un trait sur la guerre, rêvant d’un avenir identique aux récits de la diaspora disséminée en Europe. Côté serbe, l’isolement des enclaves et la pression de Belgrade font vivre la population comme dans les années 80. L’indépendance fait peur à la population, car elle ne croit pas à un Kosovo multiethnique où les Albanais respecteront leurs droits. Les extrémistes, encouragés par Belgrade, cherchent l’étincelle depuis plusieurs semaines pour faire dérailler le train de l’indépendance. La région de Mitrovica Nord, où vit la moitié des Serbes du Kosovo (50.000 personnes), réclame son rattachement à la Serbie. Si cette partition devenait officielle, les 100.000 Albanais de la vallée de Presevo en Serbie, coincée entre la frontière avec le Kosovo et la Macédoine, qui n’ont pas les mêmes droits que le reste de la population, ont déjà déclaré qu’ils se rattacheraient de facto au Kosovo. Conduisant à un prévisible nouveau conflit…
L’avènement du nouvel état reste pétri de tensions et d’incertitudes. Kosovo, année zéro…