L’Ossétie du sud, le réveil d’un conflit gelé


Txt et photos: LH

Reportage réalisé en novembre et décembre 2008 en Ossétie du sud et en Géorgie.


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L’Ossétie du Sud, le réveil d’un conflit gelé
Les secousses telluriques du conflit d’août 2008 maintiennent l’Ossétie du sud et la Géorgie dans un état de guerre. Quotidiennement, des tirs sont échangés entre les deux territoires. Les Russes ont renforcé leurs troupes à la frontière ossète.

Difficile d’entrer en Ossétie du sud. Par le nord et la frontière russe (Ossétie du Nord), les Russes jouent avec vos nerfs pour vous décourager, même muni du sacro-saint visa russe de journaliste et fort de l’aval du ministère de l’information ossète. Première preuve que, malgré l’indépendance du territoire séparatiste, ici c’est bien le gouvernement russe qui contrôle la zone. Par le sud, la frontière est infranchissable depuis la guerre d’août 2008. Les militaires géorgiens, ossètes et russes sont pour une fois à l’unisson pour vous empêcher de passer. Les observateurs de la mission européenne consacrée au conflit ne peuvent toujours pas entrer en Ossétie du sud, condition pourtant inscrite dans les accords de paix.
Pourtant, ce ne sont pas des trésors qui se cachent en Ossétie du sud. Le blocus médiatique du territoire est la conséquence de la guerre de l’information que se joue l’ouest et l’est dans un remake de la guerre froide. À la tombée de la nuit, l’arrive en Ossétie du Sud en Lada Niva immatriculée en France s’apparente à un voyage dans les méandres de l’inconnu. Les rumeurs veulent que les miliciens ossètes, armés de bonnes vieilles Kalachnikovs, soient tapis au bord des routes, prêts à tirer, qui plus est sur une voiture française « pro-géorgienne ». La nuit tombe complètement sur ce territoire sans signalétique ni lumière. Les montagnes laissent la place à un décor de désolation. Des villages de maisons détruites surgissent à la lumière des phares. Ce sont les villages géorgiens du nord de la capitale sud-ossète Tskhinvali, ceux de la vallée de Didi Liakhvi (Atchebeti, Kourta, Tamaratcheni…). Les immeubles détruits sont de plus en plus nombreux, Tskhinvali est introuvable. Arrivée à un cul de sac, la Lada Niva s’immobilise et nous* comprenons notre erreur : nous sommes à 2km de la frontière géorgienne et nous avons traversé… Tskhinvali du nord au sud sans nous en rendre compte. Premier constat : l’ampleur des dégâts est largement supérieure aux récits de la presse occidentale. La capitale est une ville fantôme aux immeubles éventrés et à l’électricité coupée…

4e conflit en vingt ans

Pour les Ossètes, la fin de l’URSS rime avec la guerre. Depuis 1989, leurs velléités indépendantistes leur ont valu quatre conflits armés avec les Géorgiens. L’Ossétie du Sud, petit territoire de 3900 km2, est indépendante depuis la guerre de 1992. 3000 soldats ossètes sont morts au combat pour une population de 35000 à 40000 personnes. 25000 Géorgiens y vivront jusqu’au nouveau conflit d’août 2008. Aujourd’hui, nombreux sont partis ou ont été chassés – notamment ceux des villages au nord de Tskhinvali – et les principales poches géorgiennes se trouvent dans la vallée d’Akhalgori, plutôt épargnée lors des confrontations armées. Un des rares humanitaires présent sur place raconte que les Ossètes « ont perdu la boule. Ils ont fait fuir les Géorgiens, des vieilles personnes, des vieux voisins, en les harcelant. C’est très étonnant, car dans la culture ossète le respect des personnes âgées est fort ».
Le dernier conflit aurait fait 300 morts côté ossète suite à l’incursion de chars géorgiens et aux tirs longue portée au sol. Pour beaucoup d’Ossètes, c’est le conflit de trop. L’avenue des héros défunts à Tskhinvali fait office de symbole martyr du dernier conflit. Cette large artère a été balayée par les chars géorgiens. Les vidéos filmées par les soldats géorgiens détruisant ces immeubles, scènes euphoriques rappelant les jeux vidéo au son de militaires rigolards, ont fait le tour du monde sur Internet. Les trois-quarts de la population se sont enfouis. La famille Iuanaiv a décidé de continuer à vivre dans une maison à présent jonchée d’éclats de balles. Ils redoutent le retour des chars, l’arrivée du froid et… l’avenir. A la campagne aussi, les histoires de guerre sont bien présentes. Vadim, militaire ossète du village de Hetagourovo – l’un des premiers villages touchés par l’attaque géorgienne -, raconte qu’il doit sa vie au vol d’une tenue militaire géorgienne. Quelques minutes après la dérobade, un téléphone portable sonne dans la poche de la veste. Il se retrouve à devoir expliquer à la mère géorgienne que son fils est mort et qu’il ne faut plus appeler…

Economie paralysée

À Tskhinvali, il subsiste quelques restaurants, mais les principaux lieux de vie sont détruits. Nous assistons à un rare mariage dans le quartier juif, bombardé en 2008 après avoir été durement touché – sans être réhabilité - lors de la guerre de 1992. L’ambiance est tristement festive. L’alcool fait ressortir la mélancolie et la colère de ce peuple de montagnards. Les Kalachnikovs crachent leurs effluves dans le ciel et l’on danse pour oublier. Un homme en treillis, plus éméché que les autres, est invité par la manière forte à rentrer chez lui…
En journée, les hommes s’activent pour reconstruire les logements individuels ou les bâtiments officiels comme la bibliothèque nationale grâce à l’aide des Russes. Il n’y a pas grand chose d’autre à faire, la faible économie du territoire est paralysée. L’Ossètie du Sud vit sous quasi-perfusion russe. En août 2008, la Russie a promis 10 milliards de roubles (228 millions d’euros) d’aide à l’Ossétie du Sud. Le « grand frère » - adoubé par une population naturalisée russe à 90% entre 2001 et 2008 - fournit la pension de guerre à la population, l’aide militaire, la reconstruction, l’aide humanitaire, etc...

Corruption

Cette dernière est sujette à tension avec le gouvernement ossète, on retrouve sur l’unique marché de la capitale des denrées provenant de l’aide humanitaire. Un économiste ossète confie que plus de 60% de l’aide est détournée, alimentant les rumeurs de corruption à la tête de l’État et attirant les foudres de Moscou sur l’homme fort d’Ossètie du sud, l’ancien champion de lutte Édouard Kokoïty. Le président ossète se méfie de la presse occidentale et reste difficile à rencontrer. Il répond aux questions des journalistes, mais sans entrer dans les détails. Il remercie « la Russie pour son aide indispensable face à l’agresseur géorgien » et clôt l’interview quand il estime avoir assez donné. Sans perdre sa bonhomie, ni le vieil héritage soviétique, puisqu’il propose de poser avec les journalistes pour une photo souvenir alors qu’un caméraman ossète filme toute l’interview et… ces dernières « embrassades ». Malgré ses bonnes relations avec Moscou –il représente les intérêts sud-ossètes depuis 1990 -, Kokoïty serait sur la sellette au Kremlin qui lui reproche sa mauvaise gestion du budget (corruption, etc…) et son envie de modifier la constitution pour à nouveau se présenter dans deux ans. Du côté Ossètes, on lui reproche de ne pas avoir défendu le territoire lors de l’attaque géorgienne, laissant la population se défendre elle-même face aux militaires de métier. Signe de méfiance, la Russie a interrompu en mars 2009 les premiers versements de l’aide (1,5 milliard d’euros) et veut mettre en place un organisme de contrôle.

Etat de guerre

En se rapprochant de la frontière - ou ABL (administrative border line), ligne administrative entre Géorgiens et Ossètes du sud, terme utilisé par les diplomates, car l’Ossétie du Sud n’est reconnue par personne (sauf le Nicaragua, le Venezuela et la Russie) -, l’état de guerre est toujours présent. Les Russes multiplient les manœuvres militaires et ont renforcé leurs troupes cet été. Nous tombons sur une histoire qui illustre bien les accrochages armés qui se produisent quotidiennement entre Géorgiens et Ossètes autour la frontière. Timur Byazrov, inspecteur à la cour de justice, s’est fait tirer dessus à la frontière, accompagné d’un procureur et d’un chauffeur, par des militaires géorgiens au village géorgien de Ksuisi (où vivent aussi des Ossètes), à 2km de la frontière géorgienne, alors qu’ils venaient enquêter sur le meurtre d’un Géorgien par un autre Géorgien. On nous montre une vidéo filmée deux heures après l’incident avec une voiture criblée de balles et des Géorgiens armés au loin. On nous emmène le lendemain sur les lieux de l’incident, non sans réticences, lourdement accompagné d’une patrouille d’Omon, forces spéciales ossètes, se comportant sur le terrain en situation de guerre. La situation est tendue sur place et nous croisons le père du Géorgien décédé, désabusé par le meurtre de son fils et par la présence en arme ossète.

« Le vrai visage de la Russie »

Côté géorgien, le sentiment est partagé entre les pro et les anti Saakachvili. À Gori, ville où est né Staline, Lavrenti, 53 ans, et Megiko Mazmichivli, 50 ans, couple géorgien et ossète, vivent dans le quartier bombardé par les Russes. Leur appartement a été touché lors de l’attaque. Ils supportent Saakachvili,,« le meilleur président que la Géorgie n’ait jamais eu ». « La Russie voulait détruire la Géorgie et non simplement aidé les Ossètes » observe Megiko. Son mari a été blessé pendant l’attaque russe. Concernant les Ossètes, la femme dit « si un invité vient chez toi, il doit respecter ton pays ». Ils reconnaissent que le conflit est « un conflit politique et non ethnique. On vit ensemble depuis le 17e siècle ». Pour les deux communautés, tout se passe comme avant. À quelques centaines de mètres de là, Badri Kldiachivili, en treillis, surveille la base militaire. Il a fait parti des bataillons de tank qui ont attaqué Tskhinvali et ne regrette rien. Il pense que la responsabilité revient aux Russes, "qui nous auraient attaqués de toute façon. Ils ont montré leur vrai visage au monde entier". Les Géorgiens ont été marqués par les rumeurs d’envahissement du pays par la Russie. Beaucoup ont pensé voir les chars russes à Tbilissi…

« Guerre de voisins »

Malgré les constructions rapides de nouvelles maisons, les déplacés sont amers et oscillent entre incompréhension, nationalisme et colère contre le président géorgien. Le nombre de déplacés géorgiens s’élève à plus de 13.000, originaire d’Ossétie du Sud ou de la zone tampon (buffer zone) occupée par les Russes jusqu’au mois d’octobre 2008. Durant cette période, les milices ossètes sont venues détruire les maisons de la zone et terroriser les habitants récalcitrants à partir. C’est le cas du Village d'Ergneti, check point frontalier. Le regard las, Madina nous montre sa maison détruite. Geronti Kasmadze, 62 ans et Madina Kasmadze, 57 ans ont vu leur maison brûlée par des milices ossètes pendant l'occupation de la buffer zone par les militaires russes. Ils vivent aujourd’hui chez des voisins. L'État géorgien leur donne 15.000 dollars pour réhabiliter leur maison. Tous les jours, ils réparent leur maison comme ils peuvent avec l’aide de proches.
Chez les déplacés, l’amertume est grande. Nona, 26 ans, déplacée avec son mari et ses deux enfants, vit depuis trois mois dans l’ancien ministère des finances au milieu de 500 autres personnes. Elle est originaire de Kermeti dans la région de Gori. Sa maison a été brûlée. Elle n’en veut à personne. « C’est une guerre de voisins » dit-elle désabusée. Sa belle-mère est Ossète. Elle n'a pas envie d'aller dans les nouvelles maisons pour déplacés qui sont isolées de tout. Elle connaît les tensions entre les deux pays depuis 20 ans. À chaque tension, elle quittait sa maison de Kermeti. Elle s’attendait à une nouvelle guerre. Pour elle, aujourd’hui, « La Géorgie a perdu ce territoire, c’est terminé ».

Gazoduc

En écho, les Ossètes fêtent le premier anniversaire de leur indépendance avec un cadeau spécial venu de Moscou. Gazprom a mis en service le 26 août 2009 le gazoduc Dzouarikaou (Ossétie du Nord, en Russie)-Tskhinvali (Ossétie du Sud). Long de 163 km et d'une capacité de transport de 250 millions de m3 de gaz par an, le gazoduc est le plus haut du monde du monde avec 70 km de tuyaux situés à plus de 2000 mètres d’altitude. Le coût de l’opération s’élève à 15 milliards de roubles (4,5 milliards d’euros). Le gouvernement géorgien dénonce une atteinte à sa souveraineté… alors que sa population a déjà compris que le territoire sera perdu pour longtemps…

Laurent Hazgui


SOUTH OSSETIA, AWAKING FROM A FROZEN CONFLICT
Tremors from the August 2008 conflict keep the South Ossetia and Georgia in a state of war. Daily shootings are exchanged between them. Russia has re-enforced its troops at the Ossetia border this summer.

It is difficult to get into South Ossetia. Through the north, at the Russian border (Northern Ossetia), Russians play with your nerves to discourage you even if you are carrying the holy journalist visa delivered by the Russian administration with a strong endorsement from the Ossetia Ministry of Information. First evidence that, despite the independence of this separatist territory, here the Russian government rules. Through the south, the border is uncrossable since August 2008 war. For once, the Georgian, Ossetian and Russian military agree all together: it is forbidden to cross. Even so this is part of the peace agreement, observers from the European mission assigned to the conflict are not always able to enter south Ossetia.
However, there are no treasures hidden is South Ossetia. The media blockage on the territory is the result of the war on information between west and east like in a remake of the cold war time. At dusk, arriving in South Ossetia in a Lada Niva with French plates looks like a journey in the meanders of the unknown. Rumours say that Ossetia’s militia armed with good old Kalashnikovs, hide along roads, ready to shoot, moreover on a “pro-Georgia” French car. Night falls on this territory without any direction signs and lightless. Mountains lead to desolated scenery. Villages of destroyed houses arose in the headlight of the car. Those are Georgian villages located in Didi Liakhvi valley (Atchebeti, Kourta, Tamaratcheni…), north from Tskhinvali, capital city of South Ossetia. Destroyed buildings are now countless and Tskhinvali remains not found. Arrived in a dead-end, the Lada Niva stops and we understand our mistake: we are 2 km away from the Georgia border and we have crossed Tskhinvali from north to south without realizing it. First statement: the magnitude of the damages is far superior to the occidental press descriptions. The capital city is a ghost town of gutted buildings with no electric power…

4th conflict in twenty years

For the people of Ossetia, the end of the Soviet Union rhymes with war. Since 1989, their independence impulses have cost them four armed conflicts with Georgia. South Ossetia, a small territory of 3900 square km, is independent since the war of 1992. Three thousands soldiers of Ossetia were killed in the fight for a population of 35 000 to 40 000 persons. Twenty-five thousands of Georgians lived there until the next conflict in August 2008. Nowadays, most of them are gone or were chased away – mainly those from villages north of Tskhinvali – and the main Georgian areas are now located in Akhalgori valley, rather spared during armed confrontations. One of the rare humanitarians on site tells that Ossetia people “have lost their mind. Trough constant harassing, they scared away the Georgians, old people as well as neighbours. Which was quite surprising as the respect of old people is a pillar of Ossetia’s culture.”
During the last conflict, approximately 300 people were killed on the Ossetia side following the raid of Georgia’s tanks and long-range firing from the ground. For many Ossetians, this conflict is one too much. The dead heroes avenue of Tskhinvali is a martyr symbol of that last conflict. This large artery was literally swept by the Georgians tanks. Videos shot by Georgians soldiers destroying those buildings, euphoric scenes reminding videogames with a soundtrack of militaries jokes, have been seen around the world on the Internet. Three quarters of the population ran away. The Iuanaiv family decided to keep on living in a house marked by countless bursts of bullets. They fear the return of the tanks, the cold and… the future. In the countryside, war stories are also still on people’s mind. Vadim, Ossetian military from Hetagourovo village – one of the first to be attacked by Georgia – tells that he owes his life to the theft of a Georgian military uniform. Few minutes after he put on the uniform, a cell phone rang in the pocket of the jacket. He had to explain to a Georgian mother that her son was dead and that she should not call anymore…

Paralyzed economy

In Tskhinvali, few restaurants remain open but the main lively places are destroyed. We witness one of the rare weddings in the Jewish quarter, bombed in 2008 after having been heavily hit during the 1992 war without being rehabilitated since then. The atmosphere is sadly festive. Alcohol brings out melancholia and anger of those highlanders. Kalashnikovs spit their effluvia in the sky and people dance to forget. A tipsy man wearing military pants is strongly advised to go home…
During the day, with the help of Russians, men are busy rebuilding individual housings or official buildings like the national library. There is not much else to do, the weak economy of the territory is paralyzed. South Ossetia lives on a drip from Russia. In august 2008, Russia promised 10 billions roubles (228 millions Euros) to help south Ossetia. The “big brother” – accepted by a population at 90% naturalized Russian from 2001 to 2008 – delivers war pensions to the population as well as military, reconstruction and humanitarian support.

Corruption

This is a main tension with the government of Ossetia as food from humanitarian help is found for sale on the only market place of the capital city. An economist of Ossetia says that more than 60 % of the help is embezzled, growing rumours on corruption at the head of the state and bringing the wrath of Moscow on The Man of south Ossetia, former wrestling champion, Edouard Kokoïty. The president of Ossetia distrusts occidental press and remains hard to meet. He does answer to journalists’ questions but avoids going into details. He thanks “Russia for its indispensable support against the Georgian assailant” and ends the interview when he feels he has given enough. Without loosing his goodness or failing to the soviet legacy, he proposes to pose with the journalists for a souvenir photo while an Ossetian cameraman records the interview, including this last “hug”. Despite his good relationship with Moscow – he represents the interests of south Ossetia since 1990 – Kokoïty is on the hot seat, blamed by the Kremlin, first for his bad budget management (corruption, etc…), then for his wish to change the constitution in order to run again for presidential elections in two years. Ossetia blames him too, for not having protected the territory well enough from the Georgians attacks, leaving the population facing alone trained military. As a sign of distrust, Russia interrupts the support payments in March 2009 and decides to set a control organization.

State of war

Closer to the border between Georgia and south Ossetia - called “administrative border line” by diplomats because no country except Nicaragua, Venezuela and Russia, has officially recognized south Ossetia - the state of war is still present. Russians multiply military manoeuvres and re-enforce their troops since the summer. We run into a story that illustrates well the daily clashes in the border zone. Two kilometers away from the border, at the Georgian village Ksuisi, where some Ossetians live, investigator Timur Byazrov with an attorney and driver, have been the target of Georgians military while they were investigating on the murder of a Georgian by another Georgian. A video recorded two hours after the incident is shown to us, there is a car riddled with bullets and some armed Georgians in the far back. The next day, despite our reluctance, we are driven on the site of the incident, framed by an Omon unit, Ossetia Special Forces, who behaved like on the battleground. The atmosphere on site is very tense. We meet the father of the dead Georgian, disillusioned by the murder of his son and by the presence of armed Ossetians.

The true face of Russia

In Georgia, general feeling is shared between pro and anti Saakachvili. In Gori, the birth town of Staline, Lavrenti, 53 years old, and Megiko, 50 years old, a couple of Georgian and Ossetian, live in the neighbourhood bombed by the Russians. Their apartment was under attack. They do support Saakachvili, “the best president Georgia ever had”. “Russia wanted to destroy Georgia and not only support the Ossetia people”, says Megiko. Her husband was wounded during the Russian attack. About the Ossetia people, the woman says: “If a guest comes into your home, he has to respect your country”. They recognize that the conflict is “a political conflict and not an ethnical conflict. We live together since the 17th century”. For the two communities, everything stayed like before. Only few hundred meters away, Badri Kldiachivili, wearing military pants, guards the military base. He was part of the battalions that attacked Tskhinvali and does not regret anything. He thinks Russians are responsible “who would have attacked us anyway? They revealed their true face to the world”. Georgians were marked by rumours on the invasion of their country by Russians troops. Lots of them thought they would see Russians tanks in Tbilissi…

Neighbours war

Despite the fast construction of new houses, deported people are bitter and their feelings swing between misunderstanding, nationalism and anger against the president of Georgia. Deported Georgians are more than 13 000, originally from south Ossetia or from the buffer zone occupied by Russians until October 2008. During this time period, Ossetian militia came to destroy houses in the area and terrorized people reluctant to leave. It was the case of the village of Ergneti, a border checkpoint. With a tired look, Madina shows us her destroyed house. Geronti Kasmadze, 62 years old, and Madina Kasmadze, 57 years old, saw their house burned by the Ossetian militia during the occupation of the buffer zone by Russians military. Today they live with some neighbours. The state of Georgia gave them 15 000 dollars to rebuild their house. Everyday, they fix their house as best as they can, with the help of their relatives.
Deported people are full of bitterness. Nona, 26 years old, deported with her husband and their two children, lives since three months in the former Ministry of Finances with 500 others. She is from Kermeti, in Goris area. Her house has been burned. She doesn’t blame anyone. “It’s a neighbours’ war”, she says, disillusioned. Her mother in law is Ossetian. She doesn’t want to move to the new houses build for deported people and isolated from everything. She experienced the tensions between the two countries since twenty years. At each conflict, she had to leave her Kermeti house. She was expecting a new war. Now, for her “Georgia has lost this territory, it’s over”.

Pipeline

The people of Ossetia celebrate the first anniversary of their independence with a special gift from Moscow. On August 26th 2009, Gazprom put in service a pipeline from Dzouarikaou (north Ossetia, in Russia) to Tskhinvali (south Ossetia). Running on 163 km, with a transport capacity of 250 millions cubic meters of gas per year, this pipeline is the highest of the world with 70 km of pipe at 2000 meters high. The cost of the operation reaches 15 billions of roubles (4,5 billions of Euros). The government of Georgia denounces an attack to his sovereignty… while its population has already understood that the territory is lost for long…

Laurent Hazgui