Tchernobyl, 20 ans après - les femmes contre l’oubli

Texte: Emmanuelle Piriot
Photos: LH
Mars 2006
Lien: Igor Kostin: Tchernobyl, une vie - cliquez ici
Tchernobyl, 20 ans après. Les femmes contre l’oubli.20 ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le silence entourant les conséquences de l’accident reste pesant en Ukraine. La population est aujourd’hui davantage préoccupée par sa survie. Et les Etats, engagés dans la relance de la production d’énergie nucléaire, sont peu soucieux de les tirer au clair. Pourtant, la tragédie se joue encore au quotidien dans de nombreuses familles. Alors que l’accident a meurtri beaucoup d’hommes dans leur chair, les femmes racontent.
Elle s’assoit sur le tapis. D’un geste rapide, elle attrape des dossiers et des livres dans la bibliothèque. Vingt ans d’archives qu’elle étale devant elle. Elle se campe sur les talons, le dos bien droit. Respire profondément pour conjurer l’appréhension, puis se présente : « Tatiana Lukina, ancienne habitante de Pripyat ». Vingt ans après son déménagement forcé des environs de Tchernobyl, il lui est impossible d’oublier la catastrophe. L’explosion du réacteur n°4 de la tristement célèbre centrale nucléaire, le 26 avril
44000 habitants, 4000 invalides
Comme la plupart des habitants de Pripyat, cette cité soviétique modèle sortie du sol au début des années 70 pour héberger les travailleurs de la centrale, Tatiana et les siens ont été relogés à Troieschyna, un quartier de Kiev. La capitale ukrainienne se situe à une centaine de kilomètres au sud de Tchernobyl. Au pied des tours d’immeubles qui ont mal vieilli, des hommes traînent, l’air désoeuvré. « Troieschyna : 44000 habitants, 4000 invalides et 250 personnes atteintes d’un cancer », égraine comme un chapelet, Alexei Sergueiev, le pope du quartier. Cet homme corpulent a également participé à la liquidation de la centrale. Pendant les mois qui ont suivi la catastrophe, les autorités soviétiques ont fait appel à 800000 hommes comme lui, majoritairement de jeunes soldats, pour parer aux dégâts : nettoyer la campagne afin que les poussières radioactives ne s’envolent pas plus loin, enterrer les maisons trop contaminées, construire un immense « sarcophage » pour confiner les ruines du réacteur. Les liquidateurs ont subi de fortes doses de radiations. Rescapé d’un cancer, mais devenu inapte au travail, Alexei Sergueiev a préféré chercher le salut dans les ordres.
Le mari de Tatiana, lui, ne peut plus témoigner. Jusqu’en 1991, il travaillait à la protection chimique de la centrale. Après deux crises cardiaques et une opération du cerveau, il n’est plus, à 57 ans, que l’ombre de lui-même. Mais sa pension d’invalidité est loin de suffire à payer les soins médicaux quotidiens dont il aurait besoin. Baby-sitting dans les familles riches de Kiev, films de mariage, Tatiana enchaîne les petits boulots pour faire vivre la famille. Sa fille cadette, étudiante, a elle aussi des problèmes de santé. Tatiana s’évertue à rester digne. Mais elle a parfois du mal à dissimuler sa peine. Elle refuse cependant de se plaindre. Et tente d’imaginer l’avenir. « Les plus âgés ont vécu leur vie, estime-t-elle. Aujourd’hui ce sont les enfants qu’il faut aider ».
Le silence et la peine
A la fin des années 80 déjà, Tatiana avait bravé le silence imposé par les autorités soviétiques, pour se faire l’écho de l’inquiétude des mères de Tchernobyl. Beaucoup d’enfants étaient malades, d’affections de la thyroïde notamment. Cet appel a suscité une forte mobilisation internationale. Et donner naissance aux nombreuses associations « les enfants de Tchernobyl » qui partout dans le monde permettent à des gamins de séjourner à l’étranger, loin des régions contaminées. Vingt ans après, Tatiana est lasse d’harceler les autorités. Mais elle ne peut s’empêcher de dénoncer un drame sans fin. « On a peur d’épouser les filles de Tchernobyl. Beaucoup d’entre elles ne peuvent avoir d’enfants, souligne-t-elle. Mais ce n’est pas tout : nos enfants ont besoin d’une aide psychologique car l’ambiance dans les familles est infernale. Beaucoup de femmes n’arrivent pas à porter leur croix, martèle-t-elle, il y a beaucoup de divorces. Beaucoup de suicides aussi, mais établir un lien entre ces suicides et Tchernobyl constitue un tabou. » Selon Tatiana, il faudrait bien trop d’argent pour faire face à l’ensemble des conséquences de la catastrophe. « Alors on préfère nous laisser, avec nos problèmes, ajoute-t-elle. Mais je suis fatiguée, lance-t-elle dans un élan de désespoir. Où puis-je aller avec ma peine ? ».
Problèmes sexuels des hommes, stérilité des jeunes femmes, ravages causées par l’alcoolisme parmi les liquidateurs…peu nombreux sont ceux qui osent faire état, aussi franchement que Tatiana, des troubles découlant de la catastrophe. Il est douloureux d’en parler. Le plus souvent, ce sont les larmes qui révèlent l’ampleur de la tragédie vécue au quotidien par les familles des victimes. D’autant qu’au chagrin d’avoir quitter son village, à celui de voir ses proches souffrir de la maladie, s’ajoute la peine causée par l’indifférence. Les victimes se retrouvent seules avec leur souffrance.
Des conséquences sont banalisées
Car en majorité, les Ukrainiens ne se préoccupent plus des conséquences de Tchernobyl. Pour beaucoup, l’accident reste un souvenir pénible. Une grande peur qu’il est préférable d’oublier. Leur souci aujourd’hui, c’est la survie au quotidien. « Le malheur de dizaine de milliers de personnes en 1986 est devenu le malheur de plusieurs millions, considère Youri Makarov, écrivain et producteur à la chaîne de télévision ukrainienne 1+1. Beaucoup de gens n’ont pas de travail aujourd’hui, c’est l’évolution négative du pays. » Les difficultés des victimes de Tchernobyl sont souvent réduites à des difficultés économiques et sociales. Elles sont banalisées. Tandis que les conséquences sanitaires de la catastrophe sont passées sous silence.
L’oubli et le silence : rien qui puisse mieux arranger les affaires des Etats et des organisations actives dans le champ du nucléaire, alors que la relance de ce mode de production d’énergie est présenté comme la seule alternative à la raréfaction du gaz et du pétrole, et à la flambée du prix de ces matières premières. Le marché du nucléaire peut se révéler lucratif. Pour une poignée d’acteurs. Il est aussi considéré comme un nouveau levier de pouvoir par certains Etats. En septembre 2005, l’Agence internationale pour l’énergie atomique publiait un rapport dressant un bilan de la catastrophe. Selon l’Agence de l’Onu –Organisation des Nations Unies, cette dernière serait responsable de 31 décès et 4000 morts. Des chiffres qui paraissent bien faibles à la lumière de la réalité ukrainienne. Avec son rapport, l’AIEA voulait-elle couper court aux polémiques susceptibles de naître à l’occasion de la commémoration du 20ème anniversaire de la catastrophe ? Elle n’a au contraire fait que relancer les critiques.
Dans la campagne du Nord de l’Ukraine, personne probablement n’a eu connaissance des conclusions de l’AIEA. Le rapport aurait pourtant pu prêter à rire ici, où les jours sont devenus bien moroses. Directrice de l’école de Lougoviki, un village situé à quelques kilomètres de la zone d’exclusion, Lidia Olexiivna Bernikova arpente à petits pas les couloirs qui bruissent de l’activité de 80 enfants âgés de 4 à 17 ans. Le front bien haut, elle est heureuse de faire visiter l’établissement scolaire qui semble surgir d’une autre âge. Mais les animaux empaillés au fond de la classe de biologie et les instruments de mesures antédéluviens de la salle de physique, ne sont pas ici, ce qu’il y a de plus surprenant. Dans chaque classe, les trois quarts des tables sont vides. L’école comptait 450 élèves avant la catastrophe.
Pas un âge pour mourir
A l’évocation de ce passé révolu, le regard de Lidia Bernikova s’assombrit. Elle passe sur son visage le mouchoir blanc qu’elle tient constamment serré au creux de la main. Elle est inconsolable depuis la mort de son fils, survenue l’année dernière. Il avait 41 ans. Pas un âge pour mourir. Sauf dans les environs de Tchernobyl.
Les territoires situés dans un rayon de trente kilomètres autour de la centrale ont été évacués de leurs habitants au lendemain de l’accident. Mais la contamination par les radionucléides ne s’arrête pas aux limites mathématiques de la zone d’exclusion. Elle s’étend dans tout le Nord de l’Ukraine, et par-delà les frontières, en Biélorussie et en Russie, formant ce qu’on appelle prosaïquement des tâches de léopard. Une parcelle de terrain peut être fortement contaminée, sans que rien ne le l’indique. Tandis que la parcelle voisine ne présente aucun danger. Les particules radioactives sont figées là dans le sol, pour des dizaines d’années. Voire des centaines pour certaines, jusqu’à leur désintégration.
Les autorités ukrainiennes ont mis du temps à se rendre compte que la grosse bourgade de Poliské, voisine de Lougoviki, présentait des niveaux de radioactivité très supérieurs aux limites autorisées. En 1999, elles ont ordonné son évacuation. Nouveau traumatisme pour la population qui s’était crue épargnée. Et commençait à peine à revivre avec de nouveaux repères. Lidia a été contrainte de céder aux pressions des autorités. Elle dû quitter sa ville. Quant à son fils, alors directeur de l’école, il a fait le choix de rester. Pour être utile à ceux qui restent et dont personne ne se soucie plus.
La végétation, seule maîtresse des lieux
Sollicitée par ce dernier, Lidia est revenue travailler à l’école en 2002. Dans le même temps, elle s’est réinstallée à Poliské. Elle franchit chaque jour le point de passage surveillé par des militaires, sur le trajet entre son domicile et l’école de Lougoviki. Une équipée en vieille Volga (1), dans des paysages plats revenus à l’état sauvage. Ici, l’atmosphère paraît plus lourde qu’ailleurs. Comme alourdie par les esprits de ceux qui vivaient là autrefois, on imagine. Dès l’entrée de Poliske, des maisons aux toits effondrés bordent la route. Les poutres brisées se sont encastrées entre les murs. Les fenêtres de la poste sont ouvertes à tous les vents sur des pièces vides. La façade de l’hôpital est abandonnée à la végétation devenue seule maîtresse des lieux.
Une vingtaine de personnes, majoritairement des personnes âgées, habitent aujourd’hui à Poliské. Contre 11000 auparavant. « Nous sommes des hommes comme les autres, avec les mêmes envies, les mêmes besoins », lance Loudmila Nikolaievna, se riant du regard interrogatif des visiteurs. Cette ancienne secrétaire de l’administration de Poliské est revenue avec son mari vivre la fin de sa vie dans sa maison. Pas d’eau courante, pas d’électricité. Et la nourriture qu’il faut aller acheter en dehors de la zone. Qu’à cela ne tienne ! Elle a laissé à l’un de ses enfants l’appartement de Kiev dans lequel le couple avait été relogé. Veuve sans enfants, la voisine Josefina Ivanivna n’a jamais envisagé de quitter le village. Où aller, seule, à 80 ans ? Aujourd’hui, elle survit grâce au soutien de Loudmila.
« Il y a eu une réunion publique, il y a quelques semaines. Des scientifiques ont affirmé qu’il est possible aujourd’hui de réduire la zone interdite et de revenir vivre à Poliské, rapporte Lidia Bernikova. Ils disent que la radioactivité a migré dans le sol, poursuit-elle ironique. Mais eux, pour tout l’or du monde il ne viendrait pas habiter ici avec leurs enfants ». La rumeur selon laquelle le rayon de la zone d’exclusion serait réduit de 30 à
Un déclin irrémédiable
Depuis la catastrophe, les territoires du Nord de l’Ukraine connaissent un déclin irrémédiable. Les familles qui se sont vues proposer un relogement sont parties. Certaines ont refusé. Tandis que d’autres attendent encore une proposition. 7000 personnes vivent aujourd’hui dans la région de Poliské, contre 40000 avant la catastrophe. « Le village était très riche, se souvient Neila Roudenko, directrice du Foyer de l’enfance « perce-neige » du village de Vovtchkiv. De nombreuses personnes étaient employées dans les kolkhozes (2), des entreprises fabriquaient des meubles, des vêtements ». La contamination des sols interdit aujourd’hui de cultiver la terre à des fins commerciales. Si les paysans peuvent vendre leur production, dont le niveau de radioactivité a été contrôlé, ils travaillent surtout pour assurer leur propre subsistance. De rares kolkhozes ont survécu, sous forme d’entreprise privée. Mais les jeunes ne veulent plus y travailler. Dans l’esprit des gens, la nostalgie de « l’avant Tchernobyl », se fond à celle de l’époque soviétique où les kolkhozes assuraient la prospérité de la région.
Devant la mairie d’Ivankov, autre bourgade voisine de la zone d’exclusion, la statue de Lénine est toujours debout. « 1200 personnes meurent chaque année, pour seulement 300 naissances. De trois à cinq personnes meurent chaque jour dans la région de Ivankov. C’est beaucoup. Elles meurent parce qu’elles sont malades et non de vieillesse », explique Ivan Karimov, le chef de la municipalité. Mais quel est ce mal étrange dont souffriraient les habitants de la région ? Aucune étude, aucune enquête épidémiologique n’essaie de tirer ces dires au clair. Dans ce contexte, qui croire ? Le maire d’Ivankov qui sait que sa municipalité enclavée aux confins de l’Ukraine et de
Les enfants ne sont pas en bonne santé
Le centre médical français de Kiev est installé au premier étage d’un hôpital de Kiev depuis 1991. Géré par l’association « Les enfants de Tchernobyl », il a reçu 20000 personnes en consultation, dont 7000 enfants –tous évacués des environs de Tchernobyl- pour des examens de la thyroïde. 150 enfants et 50 adultes ont ainsi pu être dépistés, et opérés de cancers. 35 enfants dans un état grave ont reçu un nouveau traitement ou une nouvelle opération en France. Guéries, ces personnes peuvent aussi se procurer gratuitement au centre médical, les médicaments indispensables pour palier les conséquences de l’ablation de la thyroïde. « Les enfants qui vivent dans les zones contaminées du nord de l’Ukraine ne sont pas en bonne santé, résume Olga Vassilenko, médecin responsable de l’équipe soignante. Ils présentent des problèmes cardiaques, oncologiques (3)…Pour les autorités du pays, ces problèmes de santé sont liés à un état de faiblesse générale, dû à une mauvaise alimentation, qui elle-même reposerait sur les difficultés économiques que rencontrent actuellement leurs familles. En réalité, on sait que les enfants absorbent régulièrement de petites doses de radioactivité, présentes dans les produits laitiers, les pommes de terre…On peut penser que ces enfants développent plus tard des maladies oncologiques, poursuit Olga Vassilenko. Mais à l’heure actuelle, des actions de prévention ne sont pas envisageables. »
Tous les grands pays occidentaux mènent des campagnes de prévention sanitaire. Tambours battants contre l’obésité, le tabagisme, l’alcoolisme !…Pourquoi est-ce que l’Ukraine ne pourrait pas mettre en place des actions de sensibilisation, voire de protection des habitants des zones contaminées contre les dangers des radionucléides ? Parce qu’elle n’en a pas les moyens, à elle seule. Dans les années 90, un fonds placé auprès de l’Onu a bien été mis en place pour mener des actions humanitaires dans les territoires contaminés. Dans un premier temps, plusieurs dizaines de pays avaient promis de l’abonder. Mais malgré des relances, à peine une dizaine de millions de dollars a finalement été réunie. Ramenant ces programmes à leur portion congrue. Dans le même temps, près de mille millions de dollars ont été rassemblés pour la reconstruction du sarcophage dont on ne sait plus trop bien à quoi il doit servir. A l’heure qu’il est, elle devrait presque être achevée. Pourtant, les grandes entreprises de BTP se chamaillent encore pour savoir qui emportera la part du gâteau…
Les preuves de la contamination
Mais dans ce flou permanent, quelques associations étrangères ont choisi de ne pas baisser les bras. Ainsi de l’association « les enfants de Tchernobyl-Alsace » qui s’évertue depuis le début des années 90 à permettre l’accueil chaque été, dans des familles françaises, de 200 enfants originaires des villages du Nord de l’Ukraine. L’association aide aussi matériellement le foyer « perce-neige » de Vovtchkiv, l’école de Lougoviki…pour ne citer que cela. La tache n’est pas facile. Les obstacles administratifs ne se réduisent pas avec le temps, au contraire. D’ailleurs sur place, les bénévoles de l’association n’utilisent pas le terme de « victimes de Tchernobyl » : vis à vis des autorités, il s’agit d’aider des familles défavorisées. En avril dernier, l’association a rendu publique une étude inédite, financée sur ses propres deniers, révélant les niveaux de contamination au Césium 137 de 427 enfants et 35 adultes vivant notamment dans les villages de Vovtchkiv et Lougoviki. Résultat : la contamination par enfant s’élève en moyenne à 71 Bq/kg et à 96 Bq/kg pour les adultes. Or des travaux scientifiques (4) ont très clairement montré qu’à partir de 50 Bq/kg, cette contamination au Césium 137 cause des dommages irréversibles pour les organes vitaux. Il est néanmoins possible d’y remédier. Par l’administration d’une cure pectine associée à des vitamines et des oligoéléments, permettant l’élimination du césium. L’association les enfants de Tchernobyl va financer cette cure, afin de démontrer son efficacité. Et avec l’espoir que l’opération sera étendue dans d’autres villages.
Mais combien de preuves des dangers de la contamination faudra-t-il réunir, combien d’articles faudra-t-il encore écrire pour ancrer définitivement dans les consciences l’ampleur réelle des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl ? « Il nous manque des éléments pour comprendre vraiment cette catastrophe », estime Bruno Boussagol, metteur en scène et directeur de la compagnie Brut de béton. Depuis huit ans, il donne à entendre les textes de l’écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch, écrits à partir de témoignages de victimes de l’accident. Selon lui, l’art seul est en mesure de permettre cette prise de conscience. « Confronté à un problème, un individu doit normalement avoir de l’espoir, poursuit Bruno Boussagol. Mais la question posée par Tchernobyl est : « que peut-on espérer quand le futur se révèle irrémédiablement pire que le présent. ? » Tchernobyl ne pose pas seulement la question de l’énergie nucléaire et de sa sécurité. Il ne s’agit pas uniquement d’éviter un accident similaire dans d’autres endroits du globe. La catastrophe a ouvert un nouvel espace à l’humanité. Les habitants du Nord de l’Ukraine, les victimes de Tchernobyl en ont pleinement conscience. Mais le monde semble peu curieux de savoir ce qu’ils ont à en dire. Il ne reste qu’une alternative : le silence.
Emmanuelle Piriot
(1) Un modèle de voiture russe.
(2) Exploitation agricole de forme coopérative à l’époque de l’URSS. La terre appartenait à l’Etat. Les bâtiments d’exploitation, le matériel et une partie du bétail étaient mis en commun.
(3) Des tumeurs cancéreuses, et en particulier des leucémies, formes de cancer du sang.
(4) Travaux menés par le Professeur Youri Bandajevski, mettant en évidence la corrélation entre le taux de Césium 137 accumulé dans l’organisme et les anomalies révélées par leur électrocardiogramme.
Synopsis
L’Ukraine à payer un lourd tribut à cette catastrophe sans précédent. 200000 Ukrainiens ont participé à la liquidation de la centrale. Les 400000 personnes vivant dans un rayon de 30km autour de la centrale -aujourd’hui à l’arrêt- ont été évacuées vers d’autres régions. Et bien que fortement contaminés, les territoires situés au nord-ouest du pays sont toujours habités.
20 ans plus tard, les conséquences sanitaires, écologiques, sociales et économiques restent lourdes. Pourtant, la majorité des Ukrainiens a enfoui l’événement au fond de sa mémoire. Le souvenir est douloureux pour tous. Et l’oubli, dans ces circonstances, passe pour un réflexe humain. D’autant que beaucoup d’Ukrainiens sont aujourd’hui confrontés à d’autres difficultés : celles de leur survie au quotidien dans un pays qui connaît d’importantes difficultés économiques et sociales après l’effondrement de l’URSS. Cet oubli de la catastrophe est aussi ce que pouvaient espérer de mieux le lobby nucléaire. Si ils se sont engagés à financer un nouveau sarcophage, les pays riches ne se sont guère pressés pour soutenir les victimes de la catastrophe et en tirer les conséquences.Pour les liquidateurs qui ont survécu et leur famille, pour les personnes qui ont tout perdu -y compris la santé- en quittant les villages proches de Tchernobyl, comme pour ceux qui continuent à vivre sur les territoires contaminés, l’oubli même après 20 ans est impossible. Souvent ruinés physiquement, par les irradiations ou par l’alcool, les hommes se réfugient dans le silence. Témoigner des conséquences de la catastrophe n’est pas plus facile pour les femmes. Mais certaines s’en font un devoir.
Dès la fin des années 80, Tatiana Lukina a ainsi dénoncé haut et fort les problèmes de santé des enfants de Tchernobyl. Des associations ont pris le relais dans de nombreux pays, permettant que de nombreux enfants soient convenablement soignés, notamment d’affection de la thyroïde. 20 ans plus tard, comptant sur sa seule force pour faire vivre sa famille alors que son mari a perdu la santé et la raison, Tatiana Lukina ne peut taire les difficultés autant économiques que psychologiques que rencontrent les familles de liquidateurs.
Dans le Nord de l’Ukraine, Lidia Olexiivna Bernikova est inconsolable de la mort de son fils, autant que de l’évacuation forcée de sa ville de Poliské. Elle est revenu y habiter et franchi chaque jour le point de passage de la zone interdite, pour diriger l’école de la ville voisine de Lugoviki. Cette dernière a perdu les trois quarts de ses élèves comparé à avant la catastrophe.
A quelques kilomètres de là, Neila Roudenko, dirige un foyer accueillant une cinquantaine d’enfants âgés de 4 à 17 ans placés par les autorités locales. Face à la précarisation des familles, ces dernières ont été contraintes de créer cette structure, dont la capacité d’accueil reste insuffisante. Pourtant, la région a perdu un tiers de sa population par rapport à 86.
Ludmilla Mikolaivna, habitante de Poliské dans la zone interdite, est retraitée. Ancienne secrétaire de l’administration centrale de la ville, elle vit avec son mari, ancien liquidateur, dont la santé est fragile. « On est des hommes comme les autres, avec des besoins et des envies, simplement on vit ici à Poliské » dit-elle. « On a la tête dure ». Ils sont revenus finir leur vie dans leur ville, après un passage à Kiev, malgré les risques qu’ils encourent.
Josephina Ivaniva a 80 ans. Veuve, elle vit seule dans sa maison. Elle n’a jamais quitté la zone interdite et loue la « solidarité entre les voisins » qui s’est installée entre les 20 derniers habitants de la ville (11.000 avant 1986).
15 ans après l’ouverture du centre médical français de Kiev, spécialisé dans le dépistage et le suivi des affections de la thyroïde, le médecin responsable de la structure, Olga Vassilenko, s’inquiète de la dégradation générale de l’état de santé des enfants.
Ce « consensus » international ne tient pas la route par rapport aux témoignages recueillis sur place dans les environs de Tchernobyl. Des scientifiques indépendants tenteront de le briser en présentant un contre-rapport lors d’une conférence organisée à Kiev en avril.
La sécurité énergétique constitue aujourd’hui l’un des principaux enjeux des relations internationales. Il ne fait pas de doute que l’omerta sur les conséquences de Tchernobyl vise à permettre un développement du nucléaire civil dans le monde. Avec la raréfaction et l’augmentation du prix du pétrole et du gaz ces derniers mois, il s’annonce d’ailleurs exponentiel. Mais la compréhension de la catastrophe de Tchernobyl est une des clés de l’avenir de la planète.
Text: Emmanuelle Piriot - Journalist-WriterPhotographs: LH
Mars 2006
Story
On April 26, 1986 occurred the most serious accident of all the history of the civil nuclear power. The explosion of one of the engines of the power station of Tchernobyl, in the North of the Ukraine, released a cloud charged with radioactive particles. With the liking of the winds and rains, they dispersed through all Europe. The Soviet Union sent 800000 men on the site, mainly of young soldiers, to extinguish a fire which lasted ten days, to clean the damage and to build with haste a sarcophagus confining the engine in ruin. Numbers these "liquidators" were strongly irradiated. And several tens of thousands died today. Ukraine to pay a heavy tribute with this catastrophe without precedent. 200000 Ukrainiens took part in the liquidation of the power station. 400000 people living in a ray of 30km around the power station - today with the stop were evacuated towards other areas. And although strongly contaminated, the territories located at the North-West of the country are always inhabited. 20 years later, the consequences medical, ecological, social and economic remain heavy. However, the majority of Ukrainiens hid the event at the bottom of her memory. The memory is painful for all. And the lapse of memory, in these circumstances, passes for a human reflex. The more so as much of Ukrainiens are confronted today with other difficulties: those of their survival to the daily newspaper in a country which has significant economic and social problems after the collapse of the USSR. This lapse of memory of the catastrophe is also what could hope for of better the nuclear lobby. If they were committed financing a new sarcophagus, the rich countries were hardly pressed to support the victims of the catastrophe and to draw the conclusions from them. For the liquidators who survived and their family, for the people which very lost - including health by leaving the villages close to Tchernobyl, as for those which continue to live on the contaminated territories, the lapse of memory even after 20 years is impossible. Often ruined physically, by the irradiations or alcohol, the men take refuge in silence. To testify to the consequences of the catastrophe is not easier for the women. But some are made a duty of it. As of the end of the Eighties, Tatiana Lukina thus denounced high and strong the problems of health of the children of Tchernobyl. Associations took over in many countries, allowing that many children are suitably neat, in particular of affection of the thyroid one. 20 years later, cash on its only force to make live its family whereas her husband lost health and the reason, Tatiana Lukina can conceal the difficulties as much economic only psychological than meet the families of liquidators. In the North of the Ukraine, Lidia Olexiivna Bernikova is inconsolable death of his/her son, as much as forced evacuation of its town of Poliské. There it returned to live and crossed each day the point of passage of the closed area, to direct the school of the city close to Lugoviki. The latter lost the three quarters of its pupils compared with before the catastrophe. A few kilometres from there, Neila Roudenko, directs a hearth accomodating about fifty old children from 4 to 17 years placed by the local authorities. Vis-a-vis the precarisation of the families, these last were forced to create this structure, whose capacity of reception remains insufficient. However, the area lost a third of its population compared to 86. Ludmilla Mikolaivna, living of Poliské in the closed area, is reprocessed. Former secretary de.l' administrative central of city, it live with its husband, former liquidator, of which the health be fragile "One be some man like the other, with some need and some desire, simply one live here in Poliské" say it "One have the head hard". They returned to finish their life in their city, after a passage in Kiev, in spite of the risks which they incur. Josephina Ivaniva is 80 years old. Widow, it only lives in her house. She did not never leave the closed area and rents the "solidarity between the neighbors" which settled between the last 20 inhabitants of the city (11.000 before 1986). A 23 years, Tatiana Ternova and Oksana Boura accomplished several stays in France, in families of association the children of Tchernobyl-Alsace. Speaking today perfectly French, they are assistants of education at the French school of Kiev. And invest themselves in their turn in French association to help of the children of the families disadvantaged to accomplish stays of rest in France. 15 years after the opening of the French medical centre of Kiev, specialized in the tracking and the follow-up of the affections of thyroid, the doctor responsible for the structure, Olga Vassilenko, worry about the general degradation of the health of the enfants.Ces various testimonys, as moving as rare, allow to measure the extent of the consequences of the catastrophe of Tchernobyl. Without them, they would be held with the secrecy. In September 2005, the international Agency for atomic energy intended to study a final point scientific on the consequences of the catastrophe of Tchernobyl. According to the agency of UNO, 31 deaths and only 4000 cancers would be ascribable for him. This international "consensus" does not hold the road compared to the testimonys collected on the spot in the surroundings of Tchernobyl. Independent scientists will try to break it by presenting a minority report at the time of a conference organized in Kiev in April. Energy safety constitutes today one of the principal stakes of the international relations. There is not a doubt that the omerta on the consequences of Tchernobyl aims at allowing a development of the civil nuclear power in the world. With the rarefaction and the raising of prices of oil and gas these last months, it is announced besides exponential. But the comprehension of the catastrophe of Tchernobyl is one of the keys of the future of planet.
Jungle-world (German magazin) - Nummer 16 vom 19. April 2006
Der Rest ist Schweigen
Die Folgen der Katastrophe sind auch nach 20 Jahren überall in der Gegend rund um Tschernobyl deutlich sichtbar. Eine Reise in die verbotene Zone unternahmen emmanuelle piriot, kamil majchrzak (text) und laurent hazgui (fotos)
Mit hastigen Gesten greift Tatiana nach den Dokumenten-Mappen und vergilbten Zeitungsartikeln im Regal. Seit 20 Jahren vervollständigt sie diese Unterlagen. Jetzt liegen sie vor ihr auf dem Teppich. Sie holt tief Luft, dann stellt sie sich vor: »Tatiana Lukina, ehemalige Einwohnerin von Pripjat.« Auch 20 Jahre nach der erzwungenen Umsiedlung aus der unmittelbaren Nachbarschaft des AKW Tschernobyl ist es ihr unmöglich, die Katastrophe zu vergessen. Die Explosion des Reaktors Nummer 4 am 26. April 1986 hat ihr Leben völlig verändert. Sie lebt seitdem in einem Albtraum. Pripjat wurde als Modellstadt in den siebziger Jahren für die Arbeiterinnen und Arbeiter des AKW gebaut, die man am 26. April über die Ereignisse in Unkenntnis lies. Erst 36 Stunden nach dem Unfall wurde die gesamte Bevölkerung aus der Stadt gebracht. Vorerst für drei Tage, hieß es damals.
Tatiana und ihre Familie wohnen mittlerweile, wie viele andere Evakuierte aus Pripjat, in Troieschjna, einem Stadtviertel von Kiew. Die Hauptstadt der Ukraine liegt etwa 100 Kilometer südlich von Tschernobyl. »Troieschjna: Das sind 44 000 Einwohner, 4 000 Invaliden und 250 Krebskranke«, erzählt Alexei Sergueiev, der orthodoxe Pope des Viertels. Der im Ort geschätzte Mann hatte wie viele andere als »Liquidator« des Reaktors gearbeitet.
Nach der Katastrophe setzten die sowjetischen Behörden 800 000 Männer ein, um die Schäden zu beheben; hauptsächlich junge Studierende und Wehrpflichtige, wie Alexei unterstreicht. Die Umgebung sollte dekontaminiert werden, damit Partikel des radioaktiven Staubes nicht weitergetragen würden. Verseuchte Häuser wurden abgerissen und ein gewaltiger Sarkophag wurde über der Reaktorruine errichtet. Bis heute streiten sich westliche Investoren um den Zuschlag für einen Neubau des Sarkophags. Die so genannten Liquidatoren wurden bei den Arbeiten einer hohen Dosis radioaktiver Strahlung ausgesetzt. Alexei Sergueiev hat seinen Krebs überwunden. Arbeiten kann er dennoch nicht mehr. Seine Zuflucht fand er in der Religion.
Bei reichen Familien in Kiew babysitten, Hochzeiten filmen … Tatiana muss mehreren Jobs nachgehen, um die Familie zu versorgen. Eine ihrer beiden Töchter studiert. Auch sie selbst hat Gesundheitsprobleme. Doch Tatiana will über ihr Los nicht klagen: »Wir Älteren haben schon gelebt. Heute muss den Kindern geholfen werden.« Ihr Mann kann kein Zeugnis von Tschernobyl ablegen. Bis 1991 hat er für die Abteilung Chemischer Schutz im Reaktor gearbeitet. Nach zwei Herzanfällen und einer Gehirnoperation ähnelt er mit 57 Jahren seinem Schatten. Die Invalidenpension genügt nicht, um die immer noch nötigen Behandlungskosten bezahlen zu können.
Ende der achtziger Jahre brach Tatiana das von sowjetischen Behörden verordnete Schweigen. Sie wagte es, öffentlich die Verzweiflung der Mütter von Tschernobyl auszusprechen. Viele Kinder waren erkrankt. Die meisten litten an Schilddrüsenproblemen. Zahlreiche Organisationen auf der ganzen Welt reagierten auf ihren Hilfsaufruf. Spendenaktionen konnten damals vielen Kindern helfen. Einige wurden geheilt. Doch nach 20 Jahren ist Tatiana müde. Sie will nicht weiter mit den Behörden kämpfen. Schweigen kann sie angesichts der nicht enden wollenden Tragödie dennoch nicht. »Man fürchtet sich davor, Mädchen aus Tschernobyl zu heiraten. Viele können keine Kinder bekommen«, sagt sie. »Unsere Kinder brauchen psychologische Unterstützung. Die Stimmung in den Familien ist sehr schlecht. Viele Frauen werden mit ihrem Schicksal nicht fertig, Paare lassen sich scheiden, Suizid ist an der Tagesordnung. Diese Selbstmorde mit Tschernobyl in Verbindung zu bringen, wäre aber ein Tabubruch.«
Impotenz und sexuelle Probleme von Männern, Unfruchtbarkeit unter jungen Frauen, schwere Alkoholabhängigkeit von ehemaligen Liquidatoren. Nur wenige Menschen trauen sich, über die fortwirkenden Folgen der Tschernobyl-Katastrophe so direkt zu sprechen wie Tatiana. »Wir werden mit unseren Problemen im Stich gelassen. Wo kann ich mit meinem Schmerz hingehen?« fragt sie, ohne eine Antwort zu erwarten.
Die Opfer stehen alleine da, verstummt in der Gleichgültigkeit. Für die meisten Ukrainer ist das Thema Tschernobyl und seine Folgen abgeschlossen. Eine unangenehme Erinnerung, ein großer Schrecken, den man lieber vergessen möchte. In der von wirtschaftlichen Problemen geplagten Ukraine geht es heutzutage für die Menschen darum, für das tägliche Überleben zu sorgen. »Das Unglück von Zehntausenden von Menschen im Jahr 1986 ist heute ein Unglück von Millionen geworden«, sagt etwa der Moderator eines Fernsehsenders und konkretisiert: »Viele Menschen sind arbeitslos.« So wird das alltägliche Drama der Opfer von Tschernobyl auf wirtschaftliche und soziale Schwierigkeiten reduziert, während das Ausmaß der Gesundheitsschäden infolge der Katastrophe verschwiegen wird.
Das Schweigen und Verschweigen der Opfer schafft eine günstige Ausgangslage für die Weiterentwicklung der Atomenergie und die Intensivierung der Wirtschaftsaktivität von Staaten und internationalen Konzernen. Während die weltweiten Gas- und Ölreserven schrumpfen und die Rohstoffpreise beständig steigen, wird die Atomenergie als konkurrenzlose Alternative verkauft. Bereits im September 2005 veröffentlichte die Internationale Atomenergiebehörde IAEA einen Bericht, in dem sie eine abschließende Bilanz der Katastrophe zieht. Der Uno-Einrichtung zufolge hat das Reaktorunglück nur 50 Todesfälle verursacht. 4 000 Personen sollen insgesamt an Krebs erkrankt sein. Trotz des Zusammenbruchs des Ostblocks wird das Ausmaß der Katastrophe weiterhin vernebelt. Diesmal nicht infolge kommunistischer Geheimhaltungspolitik, sondern durch Einflussnahme von Energiekonzernen und der Atomkraftlobby.
Lidia Olexiivna Bernikova durchquert mit kleinen Schritten die Gänge ihrer Schule in Lugoviki. Kinderschreie, Zwischenrufe und Gelächter von 80 Schülerinnen und Schülern im Alter von vier bis 17 Jahren sind zu hören. Die Direktorin freut sich über Besucher, die sie durch das Gebäude führen darf. Dabei irritiert neben den vielen ausgestopften Tieren im Biologieraum und den steinalten Messinstrumenten im Physikraum vor allem die Tatsache, dass drei Viertel der Tische in jedem Schulraum unbesetzt sind. Vor der Katastrophe haben hier noch 450 Schülerinnen und Schüler gepaukt.
Die Zeit teilt man hier in »davor« und »danach« ein. Wenn Lidia von der Zeit davor spricht, scheint sie betrübt, und ihr Blick wird leer. Sie wischt ihr verweintes Gesicht mit einem weißen Taschentuch ab, das sie ständig in der Hand hält. Sie ist untröstlich, seit ihr Sohn im letzten Jahr gestorben ist. Er war 41 Jahre alt. »Das ist doch kein Alter zum sterben!« In der Gegend von Tschernobyl jedoch schon.
Nach dem Unfall wurde das gesamte Gebiet in einem Umkreis von 30 Kilometern zu einer verbotenen Zone. 140 000 Menschen wurden evakuiert. Die radioaktive Kontamination des Fallouts hält sich jedoch nicht an die Grenzen dieser Exklusionszone. Die kontaminierten Gebiete erstrecken sich über die gesamte Nord-Ukraine, Belorussland und Teile Russlands wie ein Flickenteppich.
Die ukrainischen Behörden haben lange gebraucht, um zu merken, dass die Radioaktivität in Poliske, einem Dorf unmittelbar neben dem Städtchen Lugoviki, weit über der erlaubten Höchstgrenze liegt. Erst 1999 wurde die Evakuierung von Poliske angeordnet, es liegt nun in der verbotenen Zone. Ein neues Trauma für die Bevölkerung. Unter dem Behördendruck hatte Lidia das Dorf verlassen. Ihr Sohn, der damals Schuldirektor im vier Kilometer entfernten Lugoviki war, weigerte sich jedoch, aus Poliske wegzuziehen.
Drei Jahre nach der Evakuierung ist sie zurückgekommen. Sie hat sich mittlerweile entschieden, in Poliske zu bleiben, ohne Rücksicht auf die Radioaktivität zu nehmen. Sie hat die Aufsicht über die Schule in Lugoviki übernommen. Jeden Tag muss sie, wie früher ihr Sohn, an dem Checkpoint halten, der auf dem Weg zwischen ihrem Haus in Poliske und der Schule liegt.
Es ist ein holpriger Trip in die Radioaktivität in einem alten Volga, vorbei an weiten Wiesen, wild überwucherten Landschaften. Bereits bei der Einfahrt ins Dorf stechen auf beiden Seiten der Straße Häuser mit zerstörten Dächern ins Auge. Die Fenster des Postamts stehen offen, doch in den leeren Räumen werden keine Menschen mehr empfangen. Das verlassene Krankenhaus ist umgeben von Bäumen.
Ungefähr 20 Menschen, hauptsächlich alte Leute, leben noch in Poliske. Früher waren es 11 000. »Wir sind normale Menschen, mit denselben Bedürfnissen und Gefühlen wie die anderen«, sagt Ludmila Nikolaievna. Die ehemalige Sekretärin der KP in Poliske ist mit ihrem Mann zurückgekommen. Sie wollen hier in ihrem Haus ihr Leben bis zum Ende führen. Sie hatten eine Wohnung in Kiew bekommen. Mittlerweile wohnen dort ihre Kinder. In Poliske gibt es keinen Strom. Das Wasser schöpft man aus einem Brunnen im Garten. Zum Einkaufen muss man zur Hauptstraße fahren. Dort hält einmal in der Woche ein LKW. Auch die anderen Menschen, die über 70 Jahre alt sind, fürchten die Radioaktivität nicht mehr.
»Es gab eine Versammlung im Februar. Experten behaupteten, die verbotene Zone könne verkleinert werden und die Leute könnten beruhigt nach Poliske zurückkehren«, erzählt Lidia. Die Radioaktivität sei gesunken. »Diese verdammten Experten, für das gesamte Gold dieser Welt würden sie nie mit ihren eigenen Kindern hierher ziehen«, schimpft sie. Je schneller das Gebiet einen »normalen« Status zurückbekommt, desto schneller kann die Katastrophe vergessen werden, so das Kalkül. Die Einwohner der Zone selbst sehen das anders.
Seit Beginn der Katastrophe verschlimmert sich die Lage in den Dörfern im Norden der Ukraine. 7 000 Menschen wohnen mittlerweile im Bezirk Poliske. Vor der Katastrophe waren es noch 40 000. Einige Familien siedelten um. Während sich andere weigerten, warten wieder andere noch heute auf einen Umsiedlungsbeschluss. »Das Dorf war wohlhabend«, erinnert sich Neila Roudenko, Leiterin des Väterchen-Frost-Kinderheims in Vovtschkiv. »Die hiesigen Kolchosen hatten viele Mitarbeiter. Die Werkstätten erzeugten Möbel und Kleidung.« Wegen der Radioaktivität darf man das Land nicht mehr bebauen. Aber auch außerhalb der Zone haben nur wenige Kolchosen den Zusammenbruch der Sowjetunion als neue Privatunternehmen überlebt. Die Sehnsucht nach der Zeit »davor« vermischt sich hier daher oft mit der Nostalgie über die sowjetische Ära, in der die Kolchosen weitestgehend den Wohlstand sicherten.
Lenins Statue steht noch immer vor dem Rathaus in Ivankov, einer Kleinstadt am Rand der verbotenen Zone. In seinem Büro zieht der Bürgermeister Ivan Kirimov eine kurze demographische Bilanz: »1 200 Menschen sterben jedes Jahr bei einer Geburtenrate von nur 300. Drei bis fünf Menschen sterben pro Tag.« Nicht deswegen, weil sie alt sind, sondern weil sie krank sind. »Wenn die Behörden denken, man könne in der Gegend ein normales Leben führen, frage ich mich, was das für ein komischer Schmerz ist, an dem täglich Leute sterben?« Bislang wurden zu diesen Vorfällen keine wissenschaftlichen Studien und keine epidemiologischen Untersuchungen vorgenommen. Die medizinischen Institute haben kein Geld dafür. Die IAEA ist nicht an einer Aufklärung interessiert.
»Die Kinder im Norden der Ukraine, sind krank«, erklärt Olga Vassilenko, Chefärztin des französischen medizinischen Zentrums in Kiew. »Die Kinder leiden an Herzproblemen und onkologischen Krankheiten. Die Behörden sehen die Ursachen in einer allgemeinen Immunschwäche und sagen, der schlechte Gesundheitszustand sei auf die falsche Ernährung zurückzuführen.« Die Behörden hätten jedoch kein Interesse daran, die gesundheitlichen Auswirkungen der Radioaktivität, die täglich zum Beispiel über Milch oder Kartoffeln aufgenommen werde, zu untersuchen. »Wir gehen von einem weiteren Anstieg onkologischer Krankheiten in den nächsten Jahren aus«, sagt Olga Vassilenko.
Bis heute wurde kein geeignetes gesundheitliches Vorsorgeprogramm entwickelt. Der ukrainischen Regierung fehlen dafür die Mittel. Vorherige Rehabilitationsprogramme wurden abgeschafft oder eingeschränkt. Früher konnten die Kinder von Lugoviki etwa jedes Jahr eine zweimonatige Kur in einer nicht kontaminierten Umgebung machen. Der Zeitraum wurde nunmehr auf 18 Tage reduziert. Von dem Geld zur Entwicklung von Rehabilitationsprogrammen, das während der neunziger Jahre auf internationalen Konferenzen zugesagt wurde, sind nur etwa zehn Millionen Euro tatsächlich jemals überwiesen worden. Die internationale Hilfe wird fast ausschließlich durch NGO wie etwa »Les Enfants de Tchernobyl« gewährleistet.
»Es gibt keine Begriffe, um diese Katastrophe zu verstehen«, meint der französische Theaterregisseur Bruno Boussagol, der seit acht Jahren mit der Theatergruppe »Brut de Béton« Stücke über Tschernobyl inszeniert. »Tschernobyl«, sagt er, »stellt die Frage: Welche Hoffnung hat man, wenn die Zukunft unvermeidbar schlimmer aussieht als die Gegenwart?«
Am 19. April gastiert das Theater »Brut de Béton« in der Wagenburg Lohmühle in Berlin mit einer »Hommage an die Toten«. Lohmühlenstraße 17, Berlin-Treptow.